Regards critiques et constructifs sur une République en mouvement (Xavier Etienne)

6 premiers mois du président Macron : Bilan

Au bout de 6 mois de présidence Macron, le bilan s’impose.

Ces 6 premiers mois sont je crois particulièrement réussis sur un plan international, mais je suis beaucoup plus réservé sur le plan national.

Emmanuel Macron virtuose hors pair en matière de politique étrangère

Tout le monde pensait voir simplement un freluquet tout lisse et sans aspérités en Emmanuel Macron, moi le premier, et ce dernier se révèle un virtuose bluffant la terre entière. Apparemment on n’a pas fini de rester pantois de ses coups de maître à la Nadal dans son domaine.

Pour l’instant il fait un sans faute en politique étrangère. Pour les US : il est ferme mais flatte Trump en le faisant assister à la parade militaire du 14 juillet. Pour la Russie : il reçoit Poutine à Versailles et ridiculise devant lui ses officines de propagande. Pour l’UE : il relance l’axe franco-allemand et se montre ferme également dans les discussions du Brexit. Pour Israël, il reçoit Benjamin Netanyahu à Paris le 16 juillet pour la commémoration du Vel d’Hiv et reprends la théorie habile de la nécessité d’une solution à deux Etats (Israël et Palestine).

En un mot, nous retrouvons notre place dans le concert des nations avec un zeste de fierté, après 10 années de fonction présidentielle dévoyée par Sarkozy, sottement normalisée par Hollande.

Sur un plan national, mon appréciation est mitigée :

Emmanuel Macron commémore bien mais ne rassemble pas tous les français

J’avais il y a quelques mois évoqué les 4 registres de la pensée humaine comme moteur de réussite de toute entreprise politique : Rationalité/Intuition et Affect/Sens du réel.

Sur Emmanuel Macron, voilà ce que j’écrivais : « Le couple rationalité/intuition fonctionne très bien, le sens du réel est évident mais l’affect reste à démontrer ; et ce dernier point est essentiel dans une relation personnelle que le Président doit entretenir avec les français ».

Ce point est pour moi d’autant plus essentiel en raison de la personnalité du premier Ministre Edouard Philippe, homme brillant intellectuellement, ouvert au dialogue, mais avec une réserve naturelle jospinienne/juppéiste qui sera un obstacle pour accéder un jour à la fonction suprême.

Donc pour le président Macron, conquérir l’affect des français est un enjeu d’autant plus vital qu’il ne pourra s’appuyer, bien au contraire, sur son premier Ministre.

Les premiers discours du président lors du 14 juillet (notamment celui de Nice) et surtout le discours du 16 juillet au mémorial de la Shoah étaient de bon discours, très personnels, très travaillés, avec des mots extrêmement choisis. Discours en forme de rampe de lancement politique qui a rappelé le discours de  J.Chirac en 1997 lorsqu’il reconnut la responsabilité de l’Etat français durant la déportation. Certains discours marquent un septennat ou un quinquennat, positivement si ils sont rassembleurs (dans le cas présent), négativement si ils sont clivants (Sarkozy en 2010 à Grenoble).

Nul doute que le président saura la semaine prochaine, pour les cérémonies du Bataclan (13 novembre)  trouver les mots justes.

E. Macron expert en commémoration, mais est ce suffisant pour créer durablement une relation avec les français, cet « affect » tel que décrit plus haut ? je ne crois pas.

Il a eu en début de mandat quelques intuitions politiques faisant appel davantage au cœur qu’à la raison, telles que sa volonté exprimée durant l’été qu’il n’y ait plus de migrants sans logement d’ici la fin de l’année.  Objectif techniquement très compliqué à mettre en œuvre (Où les accueillir ?), socialement discutable (et les SDF ?), mais son caractère généreux était de nature à renforcer sa relation personnelle avec les français. Mais pour le reste ? Chacun a en mémoire ses propos discriminants sur les « fainéants », les « alcooliques » etc. etc. Que sur le fonds certains propos soient (malheureusement) réalistes, certes, mais Emmanuel Macron a-t-il l’aura historique d’un Charles de Gaulle qui pouvait se permettre de traiter les français de veaux ? A mon sens, ces propos sont contre productifs (quel intérêt ?), et surtout de nature à éloigner les français du nouveau président et à renforcer le clivage entre les élites et le peuple. Emmanuel Macron me semble beaucoup trop proche par ses mesures, son tempérament, ses propos, d’une France active, moderne, high tech, geek, une France qui réussit, qui gagne de l’argent et qui l’assume. Il est politiquement temps qu’il s’occupe davantage des provinces, des français qui souffrent, des français en situation d’échec, quid des fonctionnaires par exemple ? Le départ de François Bayrou, qui était un peu le gage de ce terroir, était au début selon moi une erreur tactique, elle est aujourd’hui à mon sens une faute stratégique. Si Emmanuel Macron ne s’ouvre pas davantage à tous les français, il deviendra le président de la France d’en haut, cette France des élites qui l’a fait monter tout en haut mais qui ne suffit plus aujourd’hui pour se maintenir à une altitude présidentielle. Le nouveau président a néanmoins quelques ficelles à son arc, la nomination d’un Gérald Darmanin, incarnation d’une droite populaire, au poste stratégique de porte parole du gouvernement, serait très habile électoralement et politiquement.

Sur le fonds, je maintiens que la loi sur la moralisation de la vie politique a eu une ampleur médiatique excessive, elle ne règle pas tous les problèmes, et nourrira pendant tout le quinquennat la discréditation de certains ministres ou secrétaires d’Etat.

Si les français attendent bien évidemment une meilleure probité de leurs élus, ils attendent peut être davantage une amélioration de leur quotidien (emploi, pouvoir d’achat, logement) et une meilleure sécurité au sens large. Cette loi de moralisation et de transparence, dont la démarche n’est pas nouvelle (elle date de 2013), est pour certains articles une réelle avancée démocratique mais je la considère comme excessivement mise en avant par rapports aux préoccupations concrètes des français.

De plus, l’’idolâtrie de la transparence (qui est un peu sous jacente à cette loi) peut déboucher sur une situation… contraire à l’objectif voulu : de l’affaire Cahuzac – où on a vendu l’exhibition forcée du patrimoine comme un remède à la fraude fiscale – aux violations spectaculaires de la vie privée dans l’affaire Bettencourt voire même dans l’affaire Ferrand , en passant par le «mur des cons», on considère souvent que la défiance est soluble dans la transparence ; c’est malheureusement souvent l’inverse qui se produit : plus on voit, plus on doute.

Dernier danger ou plutôt effet pervers de cette loi, elle est par nature d’une exigence absolue pour tous ceux qui la portent ; comment imaginer ne pas être irréprochable lorsque l’on porte un tel niveau d’exigence morale dans la pratique des affaire s ? La nomination de François Bayrou à la Justice puis son éviction un mois plus tard dans  le cadre des emplois supposés fictifs du Modem est un échec cuisant pour le nouveau président ; Que dire également de l’éviction de Richard Ferrand ou des enrichissements légaux mais pas très moraux de l’actuelle Ministre du Travail lorsqu’elle travaillait chez Danone ? Ces informations qui arrivent chaque jour (et qui continueront tout au fil du quinquennat, dans le monde 2.0 tout se sait quasiment en temps réel) sont de nature à casser la proximité et la relation personnelle que le nouveau président cherche à nouer avec les français.

 

Sur la forme, la séquence autour du remplacement du chef d’Etat major des Armées a été mal gérée

L’événement peut paraître anodin mais l’Elysée aurait du prévenir et anticiper les propos du général de Villiers qui, comme chacun sait, a ouvertement critiqué la baisse des dotations budgétaires pour l’armée. Pour un président comme Emmanuel Macron, toujours en recherche de verticalité napoléonienne, se faire prendre de court par un Général ça frise l’humiliation.  Attention aux dégâts à posteriori dans l’opinion. Le Général sort un livre ces jours où il revient en détail sur les coupes budgétaires de l’armée en conservant une certaine retenue (militaire) vis-à-vis du président Macron. Qu’importe, de Villiers va être invité sur les plateaux pendant quelques semaines, ce qui va nourrir de nouveau le sentiment que l’épisode de Villiers a été mal pilotée par l’exécutif.

Bilan

Le nouveau président a fait un démarrage de quinquennat globalement mitigée, d’autant plus qu’il bénéficie d’une amélioration de la conjoncture économique suite à des mesures engagées par … François Hollande. Il gère le symbolique (les commémorations) de manière habile, se débrouille admirablement  bien en matière de politique étrangère. Je crains néanmoins qu’il ne soit confronté tout au long de son quinquennat à des critiques sur la probité morale de ses ministres, en raison d’une loi de moralisation, trop exigeante, trop prématurée, qui plus est avec des ministres choisis par équilibre politique et non sur leur probité personnelle.  Je crains également, s’il n’arrive pas s’ouvrir davantage à tous les français, qu’il n’aille vers des échecs électoraux à moyenne échéance. Qui récupérera les votes de cette France qui souffre, plus provinciale qu’urbaine mais électoralement tout aussi puissante ? Une gauche radicale version Mélenchon ? une droite identitaire version Wauquiez ?, ou un mouvement comme les Constructifs, qui  s’appuierait sur les raisons du succès électoral d’Emmanuel Macron (le fameux positionnement « central ») tout en étant plus rassembleur que le président. Il semble bien que les futurs choix électoraux des français se fassent parmi ces 3 options.

8 novembre, 2017 à 19 h 25 min | Commentaires (1) | Permalien


Rentrée politique : les notes

A droite :

Laurent Wauquiez 15/20

Rentrée réussie : visibilité du programme (valorisation du travail, de la liberté d’entreprendre, un peu d’identitaire mais point trop non plus) avec des formules chocs, un vocabulaire simplifié au maximum. Au fonds Wauquiez c’est un peu Sarkozy par son côté je simplifie donc je suis (« moi je crois à la valeur travail », « moi j’en ai assez du cancer de l’assistanat » etc., etc.)  et un peu Fillon avec son côté France éternelle contre la France des Villes (la France ne se gouverne pas à Paris mais à Sablé sur Sarthe ou au Puy en Velay). Face à un Macron dont le gouvernail tend à droite (loi travail plutôt approuvée par le patronat, propos controversés sur les « fainéants », future réforme de l’assurance chômage, etc. etc.), Wauquiez à terme pourrait cependant manquer d’air. Il devra sans doute prospecter sur sa gauche, ce qu’il semble avoir compris en ayant négocié habilement le ralliement de Virginie Calmels.

On en reparlera, l’homme est décrié, souvent caricaturé (parfois à juste raison), mais reconnaissons au futur probable président des Républicains une rentrée politique réussie.

Marine Le Pen 9/20

Pour moi la grande perdante de la rentrée ; prise en tenaille entre la  ligne Phillipot (étatiste) et la ligne Ménard (identitaire et libérale), elle semble avoir perdu une partie de son énergie dans le débat de l’entre deux tours présidentielles. Sans vouloir faire de psychanalyse, Marine Le Pen me semble aujourd’hui tourmentée, écartelée comme jamais entre l’envie de transformer le FN et le poids familial de l’héritage sur ses épaules.

Marine Le Pen a fait une rentrée tardive, une prise de recul inhabituelle chez elle qui laissait augurer un nouveau positionnement. Au final, un discours de rentrée poussif et des interventions TV sans relief.

Le changement de nom sera sans doute un pas important pour l’avenir de ce mouvement, mais certains diraient qu’il faudrait peut être également qu’elle change le sien.

Au centre :

Emmanuel Macron 12/20

Note mitigée pour le Président ; il a je crois bien orchestré  la 2ème grande réforme de son quinquennat (la loi travail) après celle je trouve mal amenée (comme démontré dans un précédent article) de la loi sur la transparence de la vie politique. On lui reproche des propos récents tenus à Athènes sur les « fainéants » ; sur le fonds, ces propos sont erronés (la richesse produite par habitant s’est considérablement améliorée depuis 30 ans, le problème n’est donc pas là) mais là n’était pas l’objectif du président ; il s’agissait d’une saillie purement politique, avec les élections sénatoriales dans le viseur, visant à doubler Laurent Wauquiez sur sa droite. Par contre (« en même temps »), j’ai trouvé le président étonnamment décevant dans sa gestion du cyclone Irma : attendre 5 jours avant d’aller sur place me semble tout à fait excessif. Aurait on imaginé Sarkozy attendre que le terrain soit entièrement « sécurisé » avant d’aller sur place (c’est l’argument officiel avancé) ? Même Trump du haut de ses 70 ans est allé distribuer des repas et on sentait que ça n’était pas uniquement de la communication. A côté de ça, les réseaux sociaux se sont gavés pendant plusieurs jours de rumeurs (parfois fondées malheureusement) sur un chaos absolu. Des images de Macron sur place dès le week end auraient  tué ces rumeurs avant même qu’elles ne sortent.

Donc bilan mitigé pour le président ; je salue qu’il ait enfin repris le chemin de la politique après avoir investi tôt (trop tôt) le terrain de la morale (la loi sur la transparence de la vie politique). Mais je m’étonne qu’il n’ait pas senti spontanément la nécessité de se rentre immédiatement dans les îles sinistrées. Attention également à bien gérer les peaux de banane à retardement envoyées par ses anciens copains socialistes (cf la baisse de 5 euros des APL, expliquée je trouve bien maladroitement par le nouveau pouvoir).

Jean-Michel Blanquer 16/20

Pour moi le grand gagnant de cette rentrée ; Entendu chez Ruquier à ONPC : clarté des propos, calme, connaissance des dossiers, crédibilité.

Sans doute le meilleur recrutement de Macron à ce poste si exposé; d’ailleurs la justice existe parfois dans notre République sondagière, puisque il est quasiment le seul ministre d’Etat à ne pas enregistrer de chute de popularité.

Edouard Philippe 13/20

Bon autant le dire franchement, il a mal commencé l’année  et était à deux doigts de retourner dans la classe d’en dessous : son intervention chez J.J Bourdin fin août où il n’a pas su répondre aux questions précises du journaliste dénotait une impréparation complète de l’entretien. Etonnant de la part d’un travailleur acharné comme E.Philippe. Ses interventions successives dans les médias étaient fort heureusement bien mieux préparées avec une bonne connaissance des dossiers. Il a su communiquer habilement sur la loi travail.

Vous noterez que des ministres majeurs d’E.Macron ne sont pas notés, tels Florence Parly ou Bruno LeMaire. Peut être les ais je manqués mais ils me semblent aux abonnés absents en cette période de rentrée. Sans doute des travailleurs de l’ombre.

A gauche

Benoit Hamon 13/20

Face à un Macron qui je trouve gouverne à droite, l’espace politique se recrée à gauche. Hamon, après son score calamiteux de la présidentielle, me semble retrouver des couleurs et un peu d’air.

Il évite les propos excessifs d’un Jean-Luc Mélenchon, est capable d’approuver certaines mesures du nouveau président et garde toujours cette modestie voire une autodérision qui peuvent le rendre sympathiques.  Avec les outils politiques qui sont les siens aujourd’hui (c’est-à-dire pas grand-chose), il a plutôt bien réussi sa rentrée. Vu également récemment Boris Vallaud au Grand Jury Europe 1 : j’ai trouvé ses propos contre le président plutôt tranchants le tout enrobés d’une certaine sympathie, le tout laissant à penser qu’il aura plus d’avenir politique que son épouse.

Jean-Luc Mélenchon 11/20

Même remarque que précédemment, Mélenchon bénéficie aujourd’hui d’un espace politique d’ailleurs souhaité par le président. Mélenchon en cette rentrée me semble manquer d’originalité, il ressort les mêmes recettes qu’avant la présidentielle. Sauf que si Mélenchon est un très bon candidat d’élections présidentielles (tout ce qui personnalise l’enjeu le rend visible tant le charisme personnel de l’homme est impressionnant), le ressort porte moins haut et moins fort dès lors qu’il s’agit d’élections à enjeu local ou pire qu’il n’y ait pas d’élections à venir.

 

12 septembre, 2017 à 18 h 16 min | Commentaires (0) | Permalien


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