6 premiers mois du président Macron : Bilan

8 nov

Au bout de 6 mois de présidence Macron, le bilan s’impose.

Ces 6 premiers mois sont je crois particulièrement réussis sur un plan international, mais je suis beaucoup plus réservé sur le plan national.

Emmanuel Macron virtuose hors pair en matière de politique étrangère

Tout le monde pensait voir simplement un freluquet tout lisse et sans aspérités en Emmanuel Macron, moi le premier, et ce dernier se révèle un virtuose bluffant la terre entière. Apparemment on n’a pas fini de rester pantois de ses coups de maître à la Nadal dans son domaine.

Pour l’instant il fait un sans faute en politique étrangère. Pour les US : il est ferme mais flatte Trump en le faisant assister à la parade militaire du 14 juillet. Pour la Russie : il reçoit Poutine à Versailles et ridiculise devant lui ses officines de propagande. Pour l’UE : il relance l’axe franco-allemand et se montre ferme également dans les discussions du Brexit. Pour Israël, il reçoit Benjamin Netanyahu à Paris le 16 juillet pour la commémoration du Vel d’Hiv et reprends la théorie habile de la nécessité d’une solution à deux Etats (Israël et Palestine).

En un mot, nous retrouvons notre place dans le concert des nations avec un zeste de fierté, après 10 années de fonction présidentielle dévoyée par Sarkozy, sottement normalisée par Hollande.

Sur un plan national, mon appréciation est mitigée :

Emmanuel Macron commémore bien mais ne rassemble pas tous les français

J’avais il y a quelques mois évoqué les 4 registres de la pensée humaine comme moteur de réussite de toute entreprise politique : Rationalité/Intuition et Affect/Sens du réel.

Sur Emmanuel Macron, voilà ce que j’écrivais : « Le couple rationalité/intuition fonctionne très bien, le sens du réel est évident mais l’affect reste à démontrer ; et ce dernier point est essentiel dans une relation personnelle que le Président doit entretenir avec les français ».

Ce point est pour moi d’autant plus essentiel en raison de la personnalité du premier Ministre Edouard Philippe, homme brillant intellectuellement, ouvert au dialogue, mais avec une réserve naturelle jospinienne/juppéiste qui sera un obstacle pour accéder un jour à la fonction suprême.

Donc pour le président Macron, conquérir l’affect des français est un enjeu d’autant plus vital qu’il ne pourra s’appuyer, bien au contraire, sur son premier Ministre.

Les premiers discours du président lors du 14 juillet (notamment celui de Nice) et surtout le discours du 16 juillet au mémorial de la Shoah étaient de bon discours, très personnels, très travaillés, avec des mots extrêmement choisis. Discours en forme de rampe de lancement politique qui a rappelé le discours de  J.Chirac en 1997 lorsqu’il reconnut la responsabilité de l’Etat français durant la déportation. Certains discours marquent un septennat ou un quinquennat, positivement si ils sont rassembleurs (dans le cas présent), négativement si ils sont clivants (Sarkozy en 2010 à Grenoble).

Nul doute que le président saura la semaine prochaine, pour les cérémonies du Bataclan (13 novembre)  trouver les mots justes.

E. Macron expert en commémoration, mais est ce suffisant pour créer durablement une relation avec les français, cet « affect » tel que décrit plus haut ? je ne crois pas.

Il a eu en début de mandat quelques intuitions politiques faisant appel davantage au cœur qu’à la raison, telles que sa volonté exprimée durant l’été qu’il n’y ait plus de migrants sans logement d’ici la fin de l’année.  Objectif techniquement très compliqué à mettre en œuvre (Où les accueillir ?), socialement discutable (et les SDF ?), mais son caractère généreux était de nature à renforcer sa relation personnelle avec les français. Mais pour le reste ? Chacun a en mémoire ses propos discriminants sur les « fainéants », les « alcooliques » etc. etc. Que sur le fonds certains propos soient (malheureusement) réalistes, certes, mais Emmanuel Macron a-t-il l’aura historique d’un Charles de Gaulle qui pouvait se permettre de traiter les français de veaux ? A mon sens, ces propos sont contre productifs (quel intérêt ?), et surtout de nature à éloigner les français du nouveau président et à renforcer le clivage entre les élites et le peuple. Emmanuel Macron me semble beaucoup trop proche par ses mesures, son tempérament, ses propos, d’une France active, moderne, high tech, geek, une France qui réussit, qui gagne de l’argent et qui l’assume. Il est politiquement temps qu’il s’occupe davantage des provinces, des français qui souffrent, des français en situation d’échec, quid des fonctionnaires par exemple ? Le départ de François Bayrou, qui était un peu le gage de ce terroir, était au début selon moi une erreur tactique, elle est aujourd’hui à mon sens une faute stratégique. Si Emmanuel Macron ne s’ouvre pas davantage à tous les français, il deviendra le président de la France d’en haut, cette France des élites qui l’a fait monter tout en haut mais qui ne suffit plus aujourd’hui pour se maintenir à une altitude présidentielle. Le nouveau président a néanmoins quelques ficelles à son arc, la nomination d’un Gérald Darmanin, incarnation d’une droite populaire, au poste stratégique de porte parole du gouvernement, serait très habile électoralement et politiquement.

Sur le fonds, je maintiens que la loi sur la moralisation de la vie politique a eu une ampleur médiatique excessive, elle ne règle pas tous les problèmes, et nourrira pendant tout le quinquennat la discréditation de certains ministres ou secrétaires d’Etat.

Si les français attendent bien évidemment une meilleure probité de leurs élus, ils attendent peut être davantage une amélioration de leur quotidien (emploi, pouvoir d’achat, logement) et une meilleure sécurité au sens large. Cette loi de moralisation et de transparence, dont la démarche n’est pas nouvelle (elle date de 2013), est pour certains articles une réelle avancée démocratique mais je la considère comme excessivement mise en avant par rapports aux préoccupations concrètes des français.

De plus, l’’idolâtrie de la transparence (qui est un peu sous jacente à cette loi) peut déboucher sur une situation… contraire à l’objectif voulu : de l’affaire Cahuzac – où on a vendu l’exhibition forcée du patrimoine comme un remède à la fraude fiscale – aux violations spectaculaires de la vie privée dans l’affaire Bettencourt voire même dans l’affaire Ferrand , en passant par le «mur des cons», on considère souvent que la défiance est soluble dans la transparence ; c’est malheureusement souvent l’inverse qui se produit : plus on voit, plus on doute.

Dernier danger ou plutôt effet pervers de cette loi, elle est par nature d’une exigence absolue pour tous ceux qui la portent ; comment imaginer ne pas être irréprochable lorsque l’on porte un tel niveau d’exigence morale dans la pratique des affaire s ? La nomination de François Bayrou à la Justice puis son éviction un mois plus tard dans  le cadre des emplois supposés fictifs du Modem est un échec cuisant pour le nouveau président ; Que dire également de l’éviction de Richard Ferrand ou des enrichissements légaux mais pas très moraux de l’actuelle Ministre du Travail lorsqu’elle travaillait chez Danone ? Ces informations qui arrivent chaque jour (et qui continueront tout au fil du quinquennat, dans le monde 2.0 tout se sait quasiment en temps réel) sont de nature à casser la proximité et la relation personnelle que le nouveau président cherche à nouer avec les français.

 

Sur la forme, la séquence autour du remplacement du chef d’Etat major des Armées a été mal gérée

L’événement peut paraître anodin mais l’Elysée aurait du prévenir et anticiper les propos du général de Villiers qui, comme chacun sait, a ouvertement critiqué la baisse des dotations budgétaires pour l’armée. Pour un président comme Emmanuel Macron, toujours en recherche de verticalité napoléonienne, se faire prendre de court par un Général ça frise l’humiliation.  Attention aux dégâts à posteriori dans l’opinion. Le Général sort un livre ces jours où il revient en détail sur les coupes budgétaires de l’armée en conservant une certaine retenue (militaire) vis-à-vis du président Macron. Qu’importe, de Villiers va être invité sur les plateaux pendant quelques semaines, ce qui va nourrir de nouveau le sentiment que l’épisode de Villiers a été mal pilotée par l’exécutif.

Bilan

Le nouveau président a fait un démarrage de quinquennat globalement mitigée, d’autant plus qu’il bénéficie d’une amélioration de la conjoncture économique suite à des mesures engagées par … François Hollande. Il gère le symbolique (les commémorations) de manière habile, se débrouille admirablement  bien en matière de politique étrangère. Je crains néanmoins qu’il ne soit confronté tout au long de son quinquennat à des critiques sur la probité morale de ses ministres, en raison d’une loi de moralisation, trop exigeante, trop prématurée, qui plus est avec des ministres choisis par équilibre politique et non sur leur probité personnelle.  Je crains également, s’il n’arrive pas s’ouvrir davantage à tous les français, qu’il n’aille vers des échecs électoraux à moyenne échéance. Qui récupérera les votes de cette France qui souffre, plus provinciale qu’urbaine mais électoralement tout aussi puissante ? Une gauche radicale version Mélenchon ? une droite identitaire version Wauquiez ?, ou un mouvement comme les Constructifs, qui  s’appuierait sur les raisons du succès électoral d’Emmanuel Macron (le fameux positionnement « central ») tout en étant plus rassembleur que le président. Il semble bien que les futurs choix électoraux des français se fassent parmi ces 3 options.

Une réponse à “6 premiers mois du président Macron : Bilan”

  1. La critique 9 novembre 2017 à 15 h 52 min #

    Article interessant…analyse judicieuse..l auteur est moins ancre dans une droite depassee et demodee…mais ne donne pas assez de perspectives..c est a ce niveau qu il vous faut travailler..
    Plus d idees moins de description

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