La larme du politique

31 août

La plupart des observateurs considèrent que la carrière politique de Nicolas Hulot s’est arrêtée le 27 août 2018 sur France Inter lorsque, les yeux embués de larme, il annonce avec des trémolos dans la voix qu’il quitte le gouvernement. Méfions nous des analyses rapides : ça pourrait bien être le contraire.

Revenons sur quelques célèbres « pleurs » en politique et voyons dans quelle mesure ceux-ci ont marqué voire « boosté » leurs auteurs. Nous essaierons ensuite d’expliquer pourquoi une larme assumée peut dans certains cas devenir une larme fatale.

Quelques exemples célèbres :

Au banc du gouvernement à l’Assemblée, le 26 novembre 1974, Simone Veil essuie une larme. La cause ? La violence des attaques dont elle est l’objet pendant le débat sur la loi légalisant l’avortement. L’intéressée assure aujourd’hui qu’elle n’a pas pleuré, qu’elle était
simplement fatiguée. Mais sa légende est probablement née ce jour-là. Courage.

Salle des fêtes de l’Elysée, 21 mai 1981. François Mitterrand prend ses fonctions de président de la République et salue ses invités. Parmi eux, Pierre Mendès France. Les deux hommes s’étreignent. Mendès, « sans qui rien n’aurait été possible », dira Mitterrand, fond en larmes. Des années de combats politiques, d’échecs électoraux pour enfin arriver au pouvoir. Revanche.

Le 4 mai 1993, l’enterrement de Pierre Bérégovoy à Nevers. L’ancien Premier ministre s’est suicidé trois jours plus tôt. Pendant son hommage, la voix de Mitterrand se brise quand il évoque «l’honneur d’un homme qui aurait été, dit-il, « jeté aux chiens ». Mitterrand, sphinx absolu en matière de froideur naturelle et d’exercice martial de l’Etat, vacille, mais attaque. Rancune.

Au journal de 20 heures de France 2, au printemps 1994, Valéry Giscard d’Estaing critique la décision de faire défiler des soldats allemands le 14 Juillet sur les Champs-Elysées. Cela lui rappelle l’Occupation. « Excusez-moi, ça m’émeut encore aujourd’hui » confie-t-il en sanglotant. Mémoire.

11 janvier 1996. François Mitterrand est mort. A Notre-Dame de Paris, les personnalités du monde entier lui rendent hommage. Une larme coule doucement sur les joues d’ Helmut Kohl. Tristesse.

7 Janvier 2010, Décès de Philippe Séguin. Hommage poignant signé François Fillon, qui s’est exprimé en direct depuis Matignon. Allocution au bord des larmes. Tournant dans l’histoire entre Fillon et les Français. Emotion.

27 Novembre  2015 : Hommage national aux Invalides suite aux attentats du 13 novembre. Le plus sanglant attentat commis sur le sol français.  La gorge de François Hollande se noue.  Sa glotte se contracte. Les larmes sont retenues de justesse. Douleur.

 Incontestablement les politiques cités sont tous de grands politiques. Aucun(e)  n’a pâti de cette démonstration de sensibilité bien au contraire. 

Pourquoi la larme assumée et non feinte peut parfois être plus efficace qu’une posture de virilité ?

Tout d’abord, ne soyons pas naïf, l’arène politique n’est ni une cour de récréation ni un match de coupe du monde. Un politique ne doit pas se comporter comme Neymar à la dernière coupe du monde : la larme doit rester exceptionnelle, l’exercice du pouvoir est martial avant d’être intime, surtout en temps de guerre.

En revanche,  fondre en larmes ou en être proche peut révéler pour un homme politique sa part d’humanité qui est aussi recherchée. C’est une manière de montrer, quelque part, qu’il (ou elle) est capable de ressentir ce que les populations ressentent en termes de bonheur et de malheur. Dès lors, cela peut aussi les rapprocher du peuple. Si ces larmes interviennent dans un contexte particulier et permettant de comprendre l’émotion ou la force de l’émotion qui les animent, je ne pense pas qu’on puisse soupçonner de la part des acteurs politiques des larmes qui sortent de manière calculée.

Certains hommes politiques, et non des moindres, devraient réfléchir à l’efficacité d’une émotion assumée.

J’avais écrit il y a un an un article sur le bilan du président : « 100 jours du président Macron », dans lequel j’écrivais : « Chez Emmanuel Macron,  Le couple rationalité/intuition fonctionne très bien, le sens du réel est évident mais l’affect reste à démontrer».

Un an plus tard d’exercice du pouvoir, la France qui pleure ne semble toujours pas émouvoir notre président.



 

 

Une réponse à “La larme du politique”

  1. Julien 4 septembre 2018 à 1 h 09 min #

    Hello Xavier,
    Merci pour ton blog.
    Oui je pense que si demain on fait un sondage pour la présidentielle, hulot arriverait 1er ou 2ème.
    Hulot président ! ☺ julien

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